On ne connaissait jusqu’ici de l’émigration des camerounais vers l’extérieur que le flux de la jeunesse vers l’occident à la recherche de la connaissance ou d’une vie meilleure ou parfois pour fuir les persécutions politiques. Désormais il faudra aussi parler de la fuite des opérateurs économiques découragés par un climat des affaires invivable (tracasseries administratives et politiques, corruption, disfonctionnement de la justice etc.). Jusqu’à quelques années les points de rechute étaient les pays d’Afrique centrale (Gabon, Congo, RDC) ou des opérateurs comme FOKOU, AFRIQUE CONSTRUCTION, SOREPCO ou autres QUIFEROU, BOCOM, ACTIVA ont replié une bonne partie de leurs investissements, à la recherche de plus d’opportunités, de liberté d’action et même de sécurité. Mais depuis quelques années, l’Afrique de l’Ouest et de l’Est ont pris le relais avec d’importantes percées. Deux sont particulièrement significatives. C’est d’abord le cas du groupe AFRILAND FIRST BANK/SAAR qu’on retrouve maintenant en Côte d’Ivoire (Afriland First Bank Côte d’Ivoire) – acquise via rachat d’Access Bank en 2013, Guinée équatoriale (CCEI Bank GE / Afriland First Bank GE) Guinée Conakry (Afriland First Bank Guinée), Liberia (Afriland First Bank Liberia), Soudan du Sud (Afriland First Bank South Sudan), São Tomé-et-Príncipe (Afriland First Bank São Tomé), Zambie (Intermarket Bank – 80 % acquis, cédé en 2015), Ouganda.
C’est également le cas de la compagnie d’assurance ACTIVA qui s’est déployée au Ghana, en Guinée, au Libéria, en RDC, au Sierra Leone, à Maurice, et depuis peu en Côte d’Ivoire.
Plus intéressant, ce dernier pays fait de plus en plus office de terre d’asile préférée des capitaux et des créativités camerounais.
En 2023par exemple, les investissements directs étrangers (IDE) en provenance du Cameroun vers la Côte d’Ivoire se sont élevés à environ 2,88 milliards FCFA Une autre source spécialisée indique un montant similaire de 2,9 milliards FCFA, soit environ 4,8 millions USD, selon les chiffres enregistrés par CEPICI (Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire). En 2024, le chiffre a pratiquement double suivant la même source en s’établissant à 4, 2 milliards de FCFA.
Le récapitulatif des investissements en provenance de la zone CEMAC et particulièrement du Cameroun se chiffre a camerounais de 2012 a 2023 se chiffre à 20 milliards de FCFA.
A l’ombre de ces champions, de nombreuses start-up camerounaises ont déménagé en Côte-d’Ivoire. C’est le cas par exemple de Waspito (health-tech, télémédecine) a levé 1,7 milliard FCFA en mars 2022 pour étendre ses services au Cameroun et en Côte d’Ivoire, de ST Digital, spécialisé en cybersécurité et cloud, opère à la fois au Cameroun et à Abidjan, et de GiftedMom (devenu Healthlane), initialement camerounais, s’est étendu à plusieurs pays d’Afrique francophone, dont la Côte d’Ivoire
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, le redressement politique et économique de la Côte-d’Ivoire ces vingt dernières années lui a permis non seulement de lâcher sur le chemin du développement le Cameroun englué dans une magouvernance chronique , comme le montrent les principaux agrégats économiques de nos jours, mais surtout d’aspirer petit à petit une bonne partie des opportunités que regorge son riche et dynamique potentiel jeune, profitant pleinement de l’effet des vases communicants dans la circulation des capitaux qui existe entre les deux pays depuis la colonisation.
