Annoncé depuis 2014, le projet Bus Rapide Transit consiste à la mise en œuvre d’un réseau de BRT (Bus Rapid Transit) à Douala, la capitale économique du Cameroun. Mais depuis, il est devenu un véritable serpent de mer. Et même, malgré l’accord de finance ment conclu avec la Banque Mondiale en 2022, rien de concret n’a bougé. La communauté urbaine de Douala vient de le réveiller. Ainsi, elle annonce que dans le cadre de sa réalisation, en tant que maître d’ouvrage, elle a lancé, le 24 juillet 2025, une consultation préliminaire du marché. Une initiative vise d’après elle, vise à ouvrir un dialogue avec les entreprises et les bureaux d’études spécialisés dans le contrôle et la surveillance des travaux, afin de recueillir des informations et des avis sur les principales exigences du projet, les risques potentiels et les opportunités à saisir. L’objectif est également d’identifier les partenaires privés intéressés avant le lancement d’un futur appel d’offres.
La consultation porte sur deux grands lots du projet. Le premier concerne la mise en œuvre d’un corridor pilote du BRT, comprenant quatre lignes principales couvrant un total de 27 km, 44 stations et quatre terminaux. Ce volet sera divisé en trois lots et devrait être exécuté en 30 mois. Le second lot concerne l’aménagement des voies urbaines de rabattement du corridor, d’une longueur cumulée d’environ 80 km. Les travaux seront répartis en quatre lots et réalisés en deux phases.
Cependant, la mise en œuvre du projet soulève plusieurs défis techniques, économiques, sécuritaires, environnementaux et sociaux. Parmi ces défis, l’éloignement des carrières fournissant les roches massives et la latérite nécessaires, ainsi que la lourdeur des procédures douanières pour les matériaux importés, constituent un risque majeur pour le bon déroulement des travaux.
Afin de surmonter ces obstacles, la CUD prévoit d’identifier des sources d’approvisionnement locales et alternatives, afin de réduire les délais logistiques. Les soumissionnaires aux appels d’offres devront élaborer des plans d’approvisionnement intégrant des mesures d’atténuation des risques liés au transport. Parallèlement, une anticipation des procédures douanières sera encouragée, en préparant à l’avance les documents nécessaires et en collaborant étroitement avec les services douaniers pour éviter tout retard dans l’acheminement des matériaux et équipements.
Le retard dans la mise à disposition des sites représente également un risque important. Pour y remédier, un plan d’action pour la réinstallation des personnes affectées a été mis en place et les discussions sont en cours. En cas de défaillance d’un prestataire, des mesures contractuelles strictes seront appliquées. Des clauses avec pénalités pour retard ou mauvaise exécution seront intégrées aux contrats. Un dispositif de suivi et d’évaluation de la performance des prestataires sera également mis en place, accompagné de garanties de bonne exécution et, si nécessaire, de retenues sur paiement.
Le déplacement des réseaux des concessionnaires (Eneo, Camwater, Camtel) pourrait également causer des retards. Afin de prévenir cette difficulté, des estimations préliminaires ont été réalisées en collaboration avec ces concessionnaires. Selon le maire de Douala, Roger Mbassa Ndine, les travaux progressent et les appels d’offres seront bientôt lancés. Le coût total du projet est estimé à 335,3 milliards FCFA, dont 261 milliards proviennent de prêts de la Banque mondiale, 62,1 milliards de FCFA ont été mobilisés grâce à des partenariats public-privé, et 12,4 milliards de FCFA sont financés par l’État camerounais à travers la CUD. Le projet vise à améliorer la fluidité du trafic dans la capitale économique.
Bien que l’accord de prêt ait été signé en juin 2022 par la Banque mondiale et que les décrets d’habilitation aient été adoptés en juillet 2024 par Paul Biya, le projet tarde à se concrétiser. Initialement prévu pour 2023, puis reporté à 2024, le début effectif des travaux reste incertain. C’est pourquoi le réveil qui précède pose plus de problèmes qu’il ne résout et dans le contexte du moment, semble être plus électoraliste qu’autre chose. Premièrement, sur la base de quoi la communauté urbaine de Douala a lance le projet, au point d’obtenir un financement de la Banque Mondiale, s’il faille aujourd’hui recommencer l’étude du projet ?
Deuxièmement, il ne reste plus que trois ans au Cameroun pour utiliser les 261 milliards de FCFA mis à disposition par l’institution de Bretton Woods, dont la date de clôture est fixée au 16 juin 2028. Connaissant les lenteurs et la malgouvernance qui qui gangrènent l’administration camerounaise, il est certain qu’on file tout droit vers une clôture de ce financement comme c’est le cas de beaucoup d’autres a l’heure actuelle.
