Depuis que le gouvernement a lancé les travaux de construction de l’autoroute-Yaoundé-Douala, nombreux sont les experts qui attirent l’attention de l’opinion sur le coût jugé extraordinairement exorbitant de la construction de la phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala. Pour une distance de 141,1 km, elle coutera 880 milliards de franc CFA, soit 6,23 milliards de franc au km.
Un cout particulièrement élevé, puisque en en Côte d’ivoire par exemple, les mêmes 141 km aurait coûté 88 milliards de FCFA. Pourquoi alors un surcout de 712 milliards de FCFA au Cameroun. Compte tenu du niveau élevé de la corruption au Cameroun, les mêmes observateurs ont vite fait de le lui attribuer.
Dans une récente sortie le ministère des Travaux publics se défend en attribuant le cout élevé camerounais aux caractéristiques de l’ouvrage qui ne sont pas les mêmes au Cameroun qu’en Côte-d’Ivoire.
La trajet Bibodi (dans la localité de Boumnyebel où s’achève la phase I), jusqu’à Yassa à l’entrée de la ville de Douala, long de plus de 141 km n’a pas le même relief, les mêmes bretelles, les mêmes obstacles, etc.
C’est pour cela que dans le projet, il s’agit de construire :
– Une autoroute de 2 x 3 voies
– 34,5 km de bretelles de raccordement au réseau existant
– 6 échangeurs
– 3 aires de service
– 3 aires de stationnement
– 4 aires de maintenance
– 2 postes de pesage
– des aires de repos
– 6 ponts d’une longueur totale de 2070 m
– 331 dalots
– 2 postes de péage
– une centaine d’ouvrages hydrauliques
– etc.
Pour le ministre camerounais des Travaux Publics, Il ne s’agit donc pas seulement de comparer les couts des autoroutes au km, mais il convient aussi de voir les nombreuses infrastructures connexes qui vont avec le projet.
Néanmoins, quelques recherches de notre part nous permettent d’affirmer que le ministre des Travaux publics du Cameroun est tout faux et est obligé de rechercher d’autres explications ailleurs s’il tient à convaincre. Pour preuve nous allons lui ressortir les caractéristiques d’une autoroute actuellement en construction entre la Côte-d’Ivoire qu’il a citée en référence et le Burkina-Faso. Un projet qui présente pratiquement les mêmes caractéristiques techniques et parfois plus compliquées que la phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala. Il s’agit de l’autoroute Yamoussoukro-Ouagadougou, tronçon Bobo-Dioulasso-Frontière Côte d’Ivoire (CU7B), longue de 200 km. Elle va être construite en trois ans par l’entreprise chinoise China civil engineering construction corporation (CCECC). Les travaux de construction ont démarré en juin 2023.
L’étude technique comprend entre autres 2 bretelles de raccordement aux villes de Banfora et Nangoloko, cinq échangeurs, deux péages, la construction de 8 km de voiries à Bobo-Dioulasso, la réalisation d’un poste de pesage et péage à Péni, et la réalisation de 50 km de pistes rurales, la construction et le bitumage de 42 km de routes en terres, la construction de 10 km de voies pavées, la construction du pont frontalier sur la Léraba (100 m), etc.
Malgré tout cela, le coût total du projet n’est que de 152.735.633.805 FCFA. Soit un cout au km de 765 millions de FCFA.
Le ministre camerounais des Travaux publics doit par conséquent trouver d’autres raisons pour expliquer la différence entre 6,23 milliards au km au Cameroun et 765 millions en Côte-d’Ivoire et au Burkina-Faso, soit 5,46 milliards, pour une autoroute ayant des caractéristiques parfois plus compliquées et qui est construite par les mêmes chinois et pendant la même période.
