Malgré le retour largement médiatisé de Paul Biya il y a deux semaines, les membres de son gouvernement continuent de se comporter comme si ce dernier ne contrôle plus rien actuellement. En effet, après le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji qui il y a peu, dans une lettre au vitriol, admonestait sans vergogne son collègue de la Sante, Malaouda Malachie et lui donnait même des instructions par-dessus la tête de la hiérarchie (Premier Ministre, Président de la République), c’était le tour la semaine dernière du délégué général à la Sureté nationale, Martin Mbarga Nguele, dans une sortie publique qui a fait le tour des réseaux sociaux, de s’en prendre sans prendre des gangs à son collègue des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi à propos de l’état désastreux des routes dans le pays, allant jusqu’à mettre en doute sa fidélité à Paul Biya.
Lui répondant de la même manière, c’est dire sans au préalable se plaindre auprès de la hiérarchie, le ministre des Travaux Publics, a tenté dans une communication officielle, de se justifier tant bien que mal devant l’opinion publique, en évoquant pèle mêle, l’insuffisance des moyens, l’âge avancé des routes, la saison des pluies etc., et en exhibant au passage une litanie de routes qu’il a construites depuis son arrivée au gouvernement, bien que du fait de la mauvaise qualité de leur construction, la plupart n’ont plus aujourd’hui de route que de nom. Il n’a pas hésité au passage de lancer une pique a son collègue sur le scandale des cartes nationales d’identité dont le renouvèlement peut durer parfois plus de dix ans.
Au-delà des arguments de l’un et de l’autre, cette nouvelle chamaillerie publique entre deux barons du régime révèle au grand jour le vide qui s’approfondit de jour en jour au sommet de l’Etat, attisant des luttes féroces pour la succession très proche de Paul Biya, vus son âge et son état de santé. Plus grave, les différentes critiques qui émaillent de cette guéguerre, au-delà des responsabilités personnelles des uns et des autres qu’ils mettent en exergue et qui sont criardes, nous renvoient à un constat largement partagé de nos jours, à savoir le recul inexorable du pays dans tous les secteurs de la vie publique qui l’éloigne de l’objectif de l’émergence en 2035 promis par Paul Biya il y a plus de dix ans.
Par conséquent, l’état désastreux des voies de communication (routes, chemin de fer et aéroports) au Cameroun a l’heure actuelle, tout comme le fait d’attendre dix ans pour se faire renouveler une carte d’identité nationale, sans oublier la fin de règne chaotique de Paul Biya, ne sont que des révélateurs d’un mal plus profonds, pratiquement existentiel, l’agonie dans laquelle se trouve le Cameroun de nos jours. Ce n’est donc pas rendre service au pays que de s’appesantir sur les responsabilités individuelles de quelques ministres, qui comme tous les autres ne sont que des parfaits exécutants dans un système totalitaire a gestion patrimoniale et clanique. Oui, Nganou Djoumessi a échoué. Mais de Paul Biya au dernier de ses ministres, qui d’autre a réussi ? La question est par conséquent de savoir comment faire pour empêcher le pays de retrouver Haïti par exemple au rang de l’état néant.
Après les querelles aux accents messianiques autour football et de la Fécafoot, les gesticulations du ministre Atanga Nji etc., nous sommes avec l’affaire Nganou Djoumessi, en plein dans une autre diversion afin de détourner l’attention des camerounais de la faillite générale de la gouvernance publique dans notre pays dont il faut tirer les conséquences.
