Selon un constat du gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), le centrafricain Yvon Sana Bangui, les six pays de la CEMAC dépensent chaque année environ 2000 milliards de FCFA pour importer les produits pétroliers (super, gasoil, pétrole lampant, gaz domestique, etc.). Alors que, dans le même temps, cinq pays sur les six – exception faite de la RCA – que compte cette sous-région sont producteurs de pétrole brut, matière première permettant de produire toutes les sources d’énergie citées plus haut.
A en croire le patron de la BEAC, qui a révélé ce chiffre le 17 juin 2025 à Yaoundé au cours de la « Finance Week », plateforme de rencontres et d’échanges entre les acteurs de la finance, la construction de raffineries de brut dans les pays de la Cemac permettrait de réduire ou simplement de se départir de ces importations. Ce qui concourra, fait-il remarquer, à la préservation et au renforcement des réserves de change – paiements en devises reçus par les Etats et leurs agents économiques, et qui leur permettent à leur tour d’effectuer des paiements en devises à leurs partenaires étrangers – de la sous-région, actuellement mises sous pression par les importations massives des produits pétroliers.
Pourtant, les états de la zone disposent de la matière première, dont la tendance des coûts est baissière. Tous proclament leur volonté de promouvoir la stratégie d’import-substitution, mais paradoxalement aucun ne s’engage résolument dans la voie du raffinage de son pétrole! Le coût des infrastructures routières est particulièrement onéreux dans la zone, le Cameroun en tête. Pour éviter cela, pourquoi les pays membres, presque tous pétroliers ne transforment pas localement leur pétrole pour produire le bitume sans oublier les lubrifiants ? Il en est également des engrais, tout cela se fait à partir du pétrole.
Il convient de préciser que ce n’est pas la première fois que le gouverneur de la BEAC plaide pour la construction des raffineries de pétrole dans la zone CEMAC, afin d’éviter les effets négatifs des importations des produits pétroliers finis sur les réserves de change de la sous-région. Au Cameroun en particulier, le 24 juin 2024 au cours de la conférence de presse, il avait déjà plaidé pour que la SONARA (Société nationale de raffinage) qui avait été victime d’un incendie en mai 2019 soit très rapidement restaurée. Malheureusement, cette reconstruction est devenue un véritable serpent de mer.
Or depuis cet incendie qui a ravagé la SONARA qui ne raffinait déjà pas le brut camerounais, et importait le pétrole qu’elle raffinait, le Cameroun importe tous les produits pétroliers finis consommés sur son territoire. En 2023 par exemple, sur un total des importations d’environ 4 993 milliards FCFA, les carburants et lubrifiants ont représentent 22,6 %, soit entre 1 129 et 1 130 milliards FCFA.
Qu’est ce qui fait qu’une zone productrice de pétrole ne soit pas capable de construire une raffinerie afin de traiter son pétrole brut pour satisfaire ne serait-ce que sa consommation intérieure. Voilà un vrai paradoxe pour le seul grand bassin pétrolier africain qui exporte toute sa production pendant qu’il importe sur le marché international toute sa consommation intérieure. Un paradoxe qui profite certainement aux dirigeants pour qui les transactions avec les traders internationaux sont largement plus juteuses en termes de rétrocommissions ou autres largesses.
