Le billet de la semaine : QU’ATTENDRE DU PROJET DE RECENSEMENT GÉNÉRAL DE LA POPULATION QUE LE GOUVERNEMENT ANNONCE POUR NOVEMBRE ?

Le gouvernement ressort du placard le projet d’un recensement général de la population. Véritable serpent de mer, on l’attend depuis 2005, l’année ou il a organisé le 2e du Renouveau, 18 ans après le premier qui avait eu lieu en 1987. Pourtant comme tout le monde le sait, le recensement de la population constitue le principal outil d’aide à la prévision économique et sociale. C’est l’élément qui permet d’obtenir le nombre d’habitants, les caractéristiques de la population comme l’âge, la profession, les conditions de logement, les déplacements domicile-travail ou domicile-études, les modes de transport etc. L’importance du recensement dans la mise en place des politiques gouvernementales est telle que, par tradition, il s’organise au moins tous les dix ans.

Mais comme on le constate au Cameroun, même si sous Ahidjo une telle tradition était respectée, depuis son arrivée au pouvoir, Paul Biya a toutes les peines du monde à s’y conformer. Il a ainsi banalisé l’opération au point qu’on se demande s’il en tient même compte dans ses projections et autres prévisions gouvernementales que le Premier ministre égraine tous les ans lors de la présentation du budget a l’Assemblée nationale. Pourtant, il a mis en place depuis des années, un certain BUCREP (Bureau central des recensements et des études de population), un établissement public administratif, doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Et comme toutes les structures du même genre, ce dernier est doté de sa cohorte de directeurs et autres membres du conseil d’administration, sans oublier un personnel pléthorique et autres avantages matériels et financiers pour ses dirigeants, un ensemble budgétivore qui engloutit chaque années des milliards de francs CFA du budget de l’État, alors qu’il ne fait rien. Pourtant, pour une bonne gouvernance, il aurait suffi, tous les dix ans, de mettre en place un organisme ad hoc juste pour organiser le recensement et qui est dissout après comme partout ailleurs.

Pour revenir à l’irrégularité dans l’organisation de recensement, certains au sein du gouvernement, évoquent les difficultés financières dont fait face le régime depuis quelques années. Une hypothèse difficilement défendable. Car si on ne prend que les scandales qui ont éclatés récemment avec les milliards qui disparaissent chaque année, siphonnés dans des lignes 65 et 94 du budget par les barons et affidés du régime, on s’aperçoit qu’il aurait pu organiser de nombreux recensements sans problème. De même, rien qu’en réduisant son train de vie dispendieux, chose que lui recommandent les bailleurs de fonds internationaux en vain depuis des années, ne serait-ce que en rognant sur chapitre des véhicules de grosses cylindrées qui ne servent pas à grand-chose, au point qu’il peut même le supprimer, il financerait un tel recensement allègrement.

En réalité, pour les observateurs avertis des stratégies de conservation du pouvoir du régime, il est clair qu’Il rechigne à recenser les populations, afin d’avoir en mains en permanence une carte pour affiner ses stratégies de conservation du pouvoir. Il s’agit de maintenir le flou sur le nombre de la population afin le moment venu de mettre en œuvre des stratégies de fraudes électorales, qui sont en grande partie basées sur la manipulation du registre électoral dans le sens de la mise à l’écart des populations qu’il pense susceptibles d’être favorables à l’opposition et de gonfler le nombre de celles qu’il estime lui être favorable. Dans le premier cas on le constate souvent dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-ouest, de l’Ouest, du Littoral et du Centre. Dans le deuxième cas le contraire du balancier se joue souvent dans l’Extrême-Nord, le Nord, l’Adamaoua, le Sud et l’Est. Pour donner du crédit à ces assertions, il suffit de voir que sur une population du Cameroun estimée jusqu’ici autour de 25 millions d’Habitants dont on estime à environ 10 millions celle en âge de voter, puisque 60% de cette population ont moins de 20 ans, seuls 3 à 4 millions, suivant les chiffres officiels publiés depuis plus de dix ans par Elecam, sont inscrits sur les listes électorales et votent. Et comme par hasard, ces populations qui votent massivement se retrouvent en grande majorité dans les régions citées ci-avant que le régime estime être ses fiefs. Il en résulte que tout est fait pour empêcher près de 6 millions de camerounais, sans oublier les 5 millions d’autres qui sont dans la diaspora, de voter. Mais comme il n’y pas de recensement, cela passe inaperçu parce qu’il est impossible de savoir dans quelles régions ou circonscriptions électorales, des électeurs potentiels ont été maintenus hors du jeu électoral et dans quelles autres le nombre des électeurs a été gonfle.

Ce triste constat nous rend par conséquent circonspect par rapport au nouveau projet de recensement général de la population que le gouvernement annonce pour le mois de novembre prochain. En attendant sa matérialisation par un décret du présidentiel comme d’habitude, des sources au niveau du gouvernement nous renseignent que contrairement aux précédentes opérations, celle-ci sera mutualisée, puisqu’elle englobera aussi le recensement de l’agriculture et de l’élevage.
Pour la conduite de ce recensement, le gouvernement table sur un budget de 20 milliards de FCFA, établi par le BUCREP. Le même organisme estime que le gouvernement devra mettre à sa disposition 32000 agents recenseurs ainsi que des smartphones pour faciliter une collecte des informations et une traçabilité des données à travers le territoire national.
Comme déjà dit plus haut, le dernier recensement général de la population remonte à 2005.Les résultats n’ont été publiés qu’en 2010, chiffrant la population à 20 millions d’habitants. La répartition de cette population a été un choc dans l’opinion comme par exemple l’annonce que la population de Yaoundé était désormais plus élevée que celle de Douala. A tel point que le gouvernement a été contrait de reconnaitre des insuffisances qu’il a mises sur le compte des défaillances de la part de certains agents recenseurs. De véritables larmes de crocodiles, car jusqu’aujourd’hui il n’a rien fait pour corriger ces imperfections ou pour refaire un recepement plus crédible.

Alors pour cette fois-ci, faut-il croire que pour le recensement qu’il annonce en novembre prochain, il sera habité de bonnes intentions au point de dire aux camerounais combien ils sont réellement en 2023 et comment ils se répartissent sur l’ensemble du territoire national. L’avenir nous le dira.

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